Peindre pour moi c'est exprimer l'accord qui peut exister entre les hommes, c'est exprimer comment les hommes vivent et cherchent à s'aimer.
Ce n'est pas facile nous sommes tous différents, mais nous essayons malgré tout de nous entendre, de nous aider, de vivre en harmonie: c'est cela que je veux exprimer dans ma peinture.
La peinture figurative n'exprime qu’une partie de ce désir, la peinture abstraite le fait dans un sens beaucoup plus large, beaucoup plus profond.
Quand je peins, tout d’abord je prépare mes couleurs. Des couleurs qui me soient personnelles, je les passe sur de grandes surfaces de papier, puis je taille ces papiers et je fais bouger ces formes et ces couleurs en travaillant le rapport de la forme et du fond.
Quel espace va exister ? Quelle couleur va naître ? Je cherche jusqu'à ce que je sois satisfait.
Une forme a une individualité; elle change selon l'angle d’où on la regarde ; elle a un mouvement propre, un côté fort, un côté faible, et il s'agit de faire vivre ces formes sur une surface limitée.
Il y a pour moi une signification, un sens à trouver un accord entre ces formes.
Quand toutes les formes différentes se mettent à vivre ensemble, une intimité se crée, je suis satisfait, émerveillé, étonné.
Au début de ma carrière de peintre, je n'arrivais pas à trouver une liaison, un lien entre la forme, la couleur et moi. Maintenant je trouve ce que je cherchais depuis mon enfance : créer spontanément, naturellement des formes et des couleurs.
Je cherche d'abord dans l'obscurité, je ne comprends rien. Je tâtonne, puis à un moment quand je pense que ma recherche est finie, je retrouve ce que je cherchais au début.
Je ne veux pas résoudre le rapport des formes et des couleurs selon une idéologie (d'une façon intellectuelle). Je cherche à ce que les formes et les couleurs que j'invente arrivent à vivre d'elles-mêmes, naturellement.

Paul Foujino
• Interview à la revue japonaise YURGA (1974)

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